Karhoo, ou le retour de la comète

Eclair et mondial

La conquête des marchés de taxi / VTC par Karhoo, société née début 2015, promettait d’être mondiale et éclair. Son fondateur, Daniel Ischag, présentait sa création comme le futur rival du géant Uber.

Entre le 9 mai 2016, date de la première course à Londres, et 8 novembre de la même année, annonce de la faillite, l’histoire de Karhoo aura en effet été consommée en 6 mois, avec retentissement mondial. Pour autant, dès janvier 2017, la société faillie était reprise par Renault-Nissan.

Alors que la société prépare son second départ, nous proposons de revenir sur la trajectoire de cette comète dans le ciel des services de transport à la demande.

L’idée du comparateur : émanciper le client dans un maquis d’offres.

Sur le plan commercial, Karhoo répondait à la difficulté de comparer les offres existantes.

En effet on trouve actuellement des dizaines d’applications proposant de faire un trajet. En France, on compte Uber, Chauffeur-Privé, Lecab, Snapcar, Allocab, Marcel, mais aussi G7, Taxis Bleus, Alpha Taxis, etc … Le client a donc théoriquement le choix. Cependant, le prix de chaque opérateur dépend du trajet, de l’heure, et du rapport entre offre et demande qui fluctue en permanence. Comme pour les billets d’avion, un comparateur de « taxis » permettrait d’éclairer le choix du client.

Un catalogue des mauvaises pratiques

Or de la bonne idée à la réalisation, la route est parfois longue. Dans sa volonté d’aller vite, très vite sur l’ensemble des marchés mondiaux, Karhoo a multiplié les erreurs. En désignant Uber comme cible, le fondateur de Karhoo a également caricaturé certaines pratiques de Mr Kalanic, le non moins bouillonnant fondateur d’Uber.

Dans un style tonitruant, Karhoo annonce avant même son lancement disposer de 250M$ d’investisseurs privés. A titre de comparaison, la première levée significative d’Uber, 5 mois après son lancement, ne portait « que » sur 1,25M$. En réalité, des documents internes indiquent que la manne de Karhoo était 6 fois plus petite qu’annoncé (39M$ tout de même).

Toujours avant son lancement commercial, et fort de cette manne, Karhoo a pris des bureaux dans plusieurs capitales en même temps, dont un bail de 10 ans pour 1000m² dans un prestigieux immeuble de Manhattan.

Ensuite, les rapports d’après faillite relatent une ahurissante collection de dépenses : avec des déplacements en 1e classe, des cigares cubains, ou les frais de vétérinaire pour le chien de compagnie … voilà qui évoque davantage l’univers d’un trader fou que celui d’une start-up !

Enfin, et surtout, le client :

Sur le marché londonien, Karhoo a « acheté » des milliers de clients à grands renforts de courses gratuites ou réduites, ou payées par fraude à la CB. Le bilan de ces 6 mois est catastrophique : seulement 1M$ de revenu généré pour 20 fois autant de dépensé. Ils ont tant consommé de cash que la société a pris le mur avant même de pouvoir vérifier si son modèle était susceptible de retenir ses clients une fois repassé aux prix normaux.

 

Nouveau départ

La reprise en main par Renault-Nissan, au travers de la filiale RCI et la société Flit Technologies, s’est traduite par la mise en place d’une nouvelle équipe de direction dirigée par les co-CEO à l’initiative de la reprise.

Pour autant qu’on puisse en juger, la nouvelle équipe adopte une attitude plus modeste que la précédente : vis-à-vis des partenaires, le nouveau Karhoo se montre plus souple qu’auparavant, tandis que, un an après le premier crash, la communication d’avant lancement reste discrète.

Par ailleurs, Karhoo dispose de moyens avec son nouvel actionnaire. A l’instar de la plupart des constructeurs automobiles, Renault met la gomme sur le développement de services de mobilité. La marque au losange s’est engagée à investir 15M€ dans Karhoo après reprise.

Enfin, Renault-Nissan a également racheté la société exploitant la centrale de réservation Marcel, ainsi que l’éditeur de logiciels de gestion de flotte Yuso. Cette acquisition remontant au 1e aout dernier fournit un complément intéressant puisque le comparateur pourra intégrer les clients de Yuso à son catalogue d’offres sur une base technique commune.

Ces inflexions seront-elles suffisantes pour que la comète brille à nouveau dans le marché des taxis ?

Quand et où l’application fera-t-elle sa nouvelle rentrée ?

Pour le savoir … stay tuned !

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Cedric

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