Taxis, VTC, Heetch, l’inévitable convergence

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La grève des taxis annoncée demain est le dernier des affrontements opposant plusieurs composantes d’une même profession : celle de chauffeur de taxi/VTC/autre (choisissez votre terme préféré). Tous effectuent en effet le même travail : celui de transporter des personnes en échange d’argent. Pourtant, rarement l’opposition entre ces différents corps n’a été aussi forte.

Petites incohérences entre amis

Résumons la situation…

Les taxis tentent de maintenir avec force et fracas un système dans lequel seuls eux pourraient proposer des prestations de transport. En public, les taxis affirment qu’ils sont pour la concurrence, si celle-ci a lieu dans les règles. En pratique, ils exercent un lobbying intensif pour infliger aux VTC des restrictions sur leurs véhicules (longueur minimale de 4,50m, puissance minimale de 120 ch) ou opérationnelles (délai de 15 minutes entre commande et prise en charge, retour à la base entre deux courses). Et évidemment, lorsque les VTC ne respectent pas ces « règles » dépourvues de tout bon sens, ils ruent dans les brancards et crient à la concurrence déloyale.

Les VTC tournent leur veste à la vitesse de l’éclair : chantres de la concurrence il y a 2 ans alors qu’elle leur était bénéfique, certains n’en veulent désormais plus et rêveraient même d’un système où le nombre de licences de VTC serait limité ! Certes, le marché a changé : les attentats et la croissance du nombre de chauffeurs font que l’activité de chacun s’est nettement ralentie. Mais la situation conserve son piquant… Voir certains VTC vouloir recréer un système de contingentement des licences, comme les taxis, cela ne manque pas d’ironie, non ?

Les conducteurs occasionnels prétendent réaliser des courses afin « d’amortir le coût de possession de leur véhicule ». Mouais… on peut tout amortir comme ça ? Le véhicule est payé par Heetch, l’appartement par Airbnb, le yacht par click and boat… Et bien sûr tous ces revenus échappent à l’impôt. En bref, toute dépense devient déductible des impôts. Il est plutôt sympa ce principe d’amortissement du coût de possession !

Les « vraies » questions posées par ce conflit

Au-delà d’une confrontation entre intérêts particuliers, la grogne actuelle du secteur soulève des questions plus fondamentales :

La licence de taxi ou la formation de 250 heures pour les VTC ont-elles un intérêt réel pour l’exercice du métier de chauffeur ? La réussite des offres UberPOP et Heetch, dont le nombre de courses total doit excéder le million, ne démontre-t-elle pas que le meilleur critère de qualité d’une prestation de transport n’est ni le prix de la licence, ni la puissance du véhicule, mais la prévenance, la gentillesse, le sens du service, la ponctualité du chauffeur ? Alors pourquoi maintenir ces obligations qui finalement ne servent à pas grand chose ?

Un conducteur a-t-il le droit de travailler moins de 10 heures par semaine en tant que chauffeur ? Les jobs à temps partiel, cela a toujours existé : cours particuliers, jobs d’été, vendanges, missions de conseil, remplacements de médecine, serveur, travail chez McDonalds… Alors pourquoi ne pourrait-on pas être chauffeur à titre occasionnel ? Or actuellement, le fait d’imposer l’obtention d’une formation -dont l’utilité est discutable, mais dont le coût, entre 2000€ et 3000€ lui est réel- fait que la profession de chauffeur n’est pas accessible aux étudiants par exemple.

Enfin, peut-il y avoir des revenus du travail taxés et d’autres exonérés ? Si l’on considère que l’accès à la profession de chauffeur doit être ouvert, ne faut-il pas considérer que les chauffeurs occasionnels doivent être imposés au même titre que les autres ? Par ailleurs, ne faut-il pas tordre le cou au principe de l’amortissement du coût de possession aux motifs qu’il rend non imposable ces revenus et qu’il peut être utilisé pour justifier le remboursement de tout bien ? Permettre à tous de travailler à titre occasionnel au moyen de biens détenus en propre est une chose, exonérer les revenus de cette activité en est une autre.

 Vers une convergence ?

Pour résumer, nous faisons face à 3 statuts différents pour la même activité. On peut couper les cheveux en quatre et dire qu’il y a le marché de la maraude, celui de la réservation à l’avance et celui de la nuit. Mais force est de constater que si cette distinction suscite tant de controverses, c’est sans doute car ses fondements sont fragiles.

Dès lors, plutôt que de dresser des contraintes propres à des catégories artificielles d’une même activité, ne vaudrait-il pas mieux tout harmoniser afin de sortir de ce bourbier ? C’est à dire, mettre un terme au système des licences de taxi (et étudier une indemnisation), supprimer les formations dont le seul but est de créer une barrière à l’entrée de ce secteur et créer un régime d’imposition identique pour tous ?

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Théodore

2 commentairesLaissez un commentaire

  • Excellent post, comme d’hab ! Bravo Théodore !

    Les français adorent les statuts (EDF, taxis, VTCs…). Cages soit-disant protectrices, qui répondent à un besoin d’antistress, mais qui finissent par engendrer du stress et des blocages.
    Simplifier tout ça, pour le bonheur de tout le monde (les conducteurs, les passagers), en discutant de façon raisonnable, ne peut se faire qu’en dé-stressant les parties (stakeholders).

    En ce qui concerne les taxis : supposons qu’ils aient (enfin !!!!!!) une app bien faite, connectée à une plate-forme aux tarifs très modérés (pas les « affreux » 400 euros prélevés chaque mois par G7), avec une auto-régulation (notation des conducteurs). Supposons que cette app soit utilisée par 80% des taxis. Et voilà ! une profession heureuse de faire son métier, désireuse de rendre un service de qualité à ses clients.

    Et voilà ! une profession déstressée, des entrepreneurs capable de discuter intelligemment de l’avenir de la mobilité urbaine avec les autres acteurs de l’écosystème.

    (les personnes intéressées peuvent me contacter)

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