Heetch, le transport des jeunes en soirée

Heetch fait partie de ces nouvelles sociétés surfant sur la vague de l’économie collaborative. Au même titre que UberPOP ou Djump, Heetch permet de se faire transporter à la demande par des particuliers pour des trajets urbains ou périurbains. Mais ne dites pas à Teddy Pellerin, son fondateur, que Heetch ressemble à UberPOP, sauf si vous voulez rentrer à pied. Nous l’avons rencontré.

Heetch, le transport des jeunes de 18-25 ans en soirée

A l’inverse des sociétés de taxi ou VTC qui ont tendance à avoir une base de clientèle large, Heetch a choisi un positionnement spécifique : celui du transport des jeunes de 18-25 ans se déplaçant pour sortir.

Le positionnement de Heetch est singulier en ce que le service n’est ouvert qu’en soirée, aux périodes où il est particulièrement difficile de trouver un taxi ou un VTC. Cela permet à Heetch de constituer une offre de transport de pointe qui n’est donc pas en concurrence frontale avec les offres de transport classiques. N’espérez par contre pas réserver un Heetch en pleine journée, le service est tout simplement fermé.

Heetch offre demandeUne réservation très simple

La réservation d’une course est ultra simple grâce à l’application et le chauffeur arrive généralement en quelques minutes. Dans le véhicule, on prend place à l’avant, la conversation s’installe facilement, le tutoiement est de rigueur. Ne vous attendez par contre pas à des véhicules du standing des VTC ou de certains taxis, ici les citadines sont majoritaires. Une fois la course terminé, on prend congé, non sans avoir noté le chauffeur et statué sur le montant de la donation. Car chez Heetch, le montant de la course n’est que suggéré, à vous de décider ce que vous souhaitez vraiment donner au chauffeur.

Les prix (suggérés donc) sont quant à eux ultra compétitifs. Teddy Pellerin affirme qu’ils sont légèrement inférieurs à ceux d’UberPOP (Heetch ne prélève que 10% de commission contre 20% pour UberPOP). Nous n’avons pas vérifié, mais dans tous les cas attendez vous à payer moins de 10€ pour une course dans Paris.

La question de l’économie collaborative

L’économie dite de partage jouit d’une très bonne image auprès du public, car l’expérience utilisateur est souvent très agréable, les prix plus abordables, et cela permet à des particuliers de joindre plus facilement les 2 bouts. On peut cependant se poser la question des limites de celle-ci. Qu’est-ce qui est de l’économie collaborative ? Qu’est-ce qui n’en est pas ?

Cette question est d’autant plus importante que le développement de l’économie collaborative constitue une nouvelle concurrence pour des acteurs historiques sur des marchés parfois réglementés (les taxis, les hôtels, les loueurs de voiture, etc.) et que se pose le problème de sa fiscalité.

Selon Teddy Pellerin, qui précise qu’il trouve ce terme inadapté à cette nouvelle économie, il existe 3 niveaux :

Niveau 1 : Optimisation de ses dépenses : Un particulier a des dépenses régulières et essaie de les réduire en partie en proposant à des particuliers de se joindre à son utilisation régulière d’un bien qui implique ces dépenses (voyages, appartement, etc.). Par exemple :
– Transport : Il s’agit du covoiturage classique type Blablacar : on décide de se déplacer et de proposer à des gens de faire le trajet avec nous.
– Hébergement : On peut prendre l’exemple d’un particulier qui a une chambre vide et qui la loue ponctuellement (ou au mois) via un site type AirBnB, alors que lui-même habite l’appartement. Il optimise l’espace.

Le niveau 1 de l’économie collaborative est généralement bien accepté, même s’il y a encore quelques pays qui combattent cette innovation (les compagnies de bus espagnoles luttent sans relâche contre Blablacar).

Niveau 2 : Amortissement du coût d’un bien ou d’une possession : Un particulier possède un bien qu’il souhaite amortir. Pour cela, il propose un service (généralement la location de son bien), afin de l’amortir. Par exemple :
– Location de voiture : Un particulier loue sa voiture à d’autres particuliers lorsqu’il ne s’en sert pas,
– Location d’appartements : Un particulier loue son appartement lorsqu’il part en déplacement,
– Transport : Un particulier conduit de temps en temps sur une plateforme comme Heetch afin de rembourser les frais annuels de sa voiture.

Le niveau 2 commence petit à petit à se structurer : Dans de nombreuses villes, AirBnB subit des pressions fortes pour que ses utilisateurs ne louent pas leur possession à un prix plus élevé que celui du marché : on peut louer son appartement à la journée sur AirBnB, à condition de ne pas dépasser un certain montant annuel.
Il pourrait en être de même pour une voiture : on peut louer ou conduire avec sa voiture tant que cela permet simplement de rembourser les frais annuels de sa voiture.

Niveau 3 : Service semi-professionnel : Un particulier propose un service comme un professionnel. Par exemple :
– Location de voiture : Gestion de la location de plusieurs voitures (en tant que particulier),
– Location d’appartements : Gestion et location de plusieurs appartements (en tant que particulier),
– Transport : Transport de personnes à la demande (en tant que particulier).

Ce niveau n’est généralement pas encore accepté, car notre société n’est pas (encore) prête à accueillir ce type de plateforme. Ce n’est pas le cas partout, et aux Etats-Unis, le modèle d’Uberpop, si décrié en France, a été autorisé dans plusieurs états très rapidement.
Il présente de nombreux avantages pour une société : des prix plus attractifs pour le consommateur, une création d’emploi massive et une offre qui s’adapte plus facilement aux pics et creux de demande, avec de nouveaux acteurs professionnels et d’autres très ponctuels qui ne viennent que pour les pics. Il est en revanche –en l’état- davantage adapté aux sociétés où la protection sociale est peu présente, comme les Etats-Unis. Son adaptation au cadre européen supposerait qu’il contribue, au même titre que chaque entreprise, au financement de la protection sociale. Il s’agit également d’une question d’équité devant l’impôt. Bien entendu, il est du rôle de l’état de fournir un accompagnement aux acteurs historiques du marché et de construire le bon cadre réglementaire (qu’il faudra garder à tout prix simple).

Les plateformes dites d’économie collaborative s’appuient sur des innovations technologiques fortes pour proposer des services différents et plus adaptés aux attentes des consommateurs actuels (expérience plus humaine, chaleureuse grâce aux notations, commandes simplifiées, etc.).
Cependant, pour être acceptées dans le temps, il faudra que la société européenne suive et offre un cadre simple pour ces nouvelles pratiques, dépendant probablement du niveau auquel on se place :
– niveau 1 : aucune fiscalité ou couverture sociale,
– niveau 2 : quelques contraintes fiscales et réglementaires,
– niveau 3 : mise en place d’un nouveau statut de travailleur particulier (proche du statut de l’autoentrepreneur) et de couvertures sociales spécifiques.

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Théodore

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