Lyft vs. Uber : la guerre est déclarée

La réussite de d’Uber est indéniable. Fondée en 2009, la société a connu une croissance phénoménale tant et si bien que le Wall Street Journal évoque une valorisation 30 milliards de dollars.

Pour autant, cette société est-elle appelée à dominer le transport sans partage? Pas forcément. Face à ce rouleau compresseur, d’autres sociétés arrivent à émerger, parmi lesquelles Lyft, un concurrent américain d’Uber. Mais elles n’ont pas la vie facile.

Lyft : le pionnier du taxi collaboratif

Véhicule Lyft

Véhicule Lyft

Lyft est né en Californie en 2012. La société est une émanation de Zimride, une sorte de Blablacar à la sauce US. Lyft est une plateforme de marché permettant à des conducteurs particuliers de réaliser des courses de taxi avec leurs propres véhicules. Les équivalents parisiens de ce service sont UberPOP, Heetch ou Djump. Concrètement, Lyft permet donc à un particulier ayant téléchargé l’application de faire le taxi pour des clients ayant commandé au travers de cette application. Cette société a connu une forte croissance : en deux ans d’existence, elle a réussi à lever 332M€ et s’est implantée dans 60 villes aux Etats Unis.

Les véhicules de Lyft sont reconnaissables à la grosse moustache rose qu’il arborent sur leur calandre. On aime ou on aime pas, mais au moins ils ne passent pas inaperçus. Lyft joue le coté communautaire et décalé là où Uber prône davantage le sérieux et la technologie. Les chauffeurs sont mis en avant en tant qu’individus, et le positionnement du produit est plus « fun ».

Entre Uber et Lyft, c’est la guerre

Le succès de Lyft n’a pas laissé Uber inerte, la presse a ainsi rapporté plusieurs pratiques montrant l’intensité de la rivalité entre les deux sociétés. The Verge a notamment fait état d’un débauchage institutionnalisé de conducteurs de la part d’Uber sur son rival. Selon ce site, de faux clients travaillant pour Uber ont été chargés de commander des courses chez le rival Lyft. Une fois à bord, ces clients spéciaux devaient convaincre les conducteurs de rejoindre Uber. Cette pratique était très bien organisée et portait le nom d’opération « SLOG ».

D’autres articles font état de commandes massives d’Uber dans le but de nuire à son concurrent. Le principe est très simple : un faux client commande un véhicule. Une fois que ce dernier est arrivé sur place, la course est simplement annulée. Cette pratique est dommageable à double titre : d’une part le chauffeur n’est pas payé pour le déplacement, et d’autre part le chauffeur n’est pas disponible pour d’autres clients qui eux auraient vraiment besoin d’une course. Les chauffeurs sont donc mécontents car il perdent leur temps et leur argent, tandis que les clients, faute de disponibilité, se tournent vers une autre société pour commander leur course. Par analogie, c’est comme si vous téléphoniez à un restaurant pour réserver une grande tablée un samedi soir sans avoir l’intention d’y aller, simplement pour nuire au restaurateur.

Plus récemment, le président d’Uber a admis avoir cherché à torpiller la levée de fonds de son concurrent. Cela constitue la dernière tentative en date d’Uber pour déstabiliser Lyft.

Une guerre qui se poursuit dans la publicité…

Si le conflit entre Uber et Lyft est passé relativement inaperçu de notre coté de l’atlantique, nos amis californiens ont pu profiter de campagnes de publicité menées parfois avec humour.  Uber propose ainsi de « raser la moustache » de Lyft. Rappelons en effet que le logo de Lyft est une moustache rose.

Uber veut "raser la moustache" de Lyft

Sur Facebook, Uber s’adresse aussi aux chauffeurs de Lyft et leur propose 500$ pour les rejoindre. L’intention de mettre des batons dans les roues de Lyft est plus manifeste, sinon l’offre aurait été ouverte à tous les chauffeurs.

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Lyft a répondu, dans une allusion moins directe à son concurrent, en invitant les chauffeurs à ne pas être que des numéros. Lyft met ainsi en avant son coté communautaire et sous entend que les chauffeurs chez Uber sont une commodité.

Guerre Lyft Uber Lyft Uber Soyez plus qu'un numéro

Et alors, qui gagne?

Lyft a connu une croissance forte. Deux ans après sa création, la société est présente dans près de 60 villes aux Etats Unis, une empreinte comparable à celle d’Uber sur le territoire américain. A l’international en revanche, Uber gagne par KO, avec une présence dans près de 250 villes réparties dans 46 pays.

Sur le plan des ventes, Uber reste logiquement loin devant. La société est plus ancienne et dispose de plusieurs lignes de produit (limousine, VTC…) alors que Lyft reste sur le seul taxi collaboratif. Sur une période de 12 mois entre juin 2013 et mai 2014, Uber aurait généré 12 fois plus de revenus que Lyft sur le seul territoire américain.

Sur le plan de la communication, la victoire d’Uber n’est pas acquise, loin s’en faut. Certes, nous ne vivons pas dans le monde des bisounours. Bien sûr, le rôle d’Uber n’est pas de favoriser l’émergence de la concurrence. Pour autant, ces pratiques agressives passent mal auprès de l’opinion publique et modifient l’image d’Uber. La perception de la société pourrait ainsi passer d’une jeune start-up sympathique essayant de faire son trou à une multinationale cherchant la domination économique. Mais après tout, n’est ce pas le lot de beaucoup d’entreprises qui grandissent?

      

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Théodore

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