Uber ou la stratégie payante de l’affrontement

 

« Peu importe que l’on parle de moi en bien ou en mal, l’essentiel c’est que l’on parle de moi » Léon Zitrone

Sauf si vous vivez sur une île déserte, l’actualité suivante n’a pu vous échapper : Uber France a été condamnée jeudi 16 octobre à 100 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir présenté comme du covoiturage une offre payante de transport de particuliers.

Retour sur les faits

UberPOP permet à des particuliers de réaliser une prestation de transport de personne à titre onéreux. C’est comme un service de VTC ou de taxi traditionnel sauf que les courses sont réalisées par des particuliers à l’aide de leurs propres véhicules.

Idée géniale? Absolument selon Uber, qui parle d’une activité à but non lucratif permettant aux particuliers d’amortir le coût de la possession de leurs véhicules. Evidemment, tel n’est pas l’avis des Taxis et de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) pour qui UberPOP permet du travail dissimulé.

Le tribunal a donc tranché et donné tort à Uber. Mais cela ne va probablement pas faire de mal à la société, bien au contraire.

Une stratégie délibérée?

Il est possible que cette condamnation soit le reflet d’une stratégie délibérée pour se faire connaître. Explication en trois actes :

  • Acte 1 : Uber se lance dans une activité, sans trop se poser la question de sa légalité (voire en cherchant à être dans la zone grise)
  • Acte 2 : Les acteurs historiques ruent dans les brancards, ils crient à la concurrence déloyale. En même temps, ça fait des années qu’ils bloquent le marché et mécontentent les clients. Cela fait donc une pub énorme à Uber, qui se présente en défenseur du consommateur prisonnier du joug des méchants acteurs historiques. La justice se met en branle.
  • Acte 3 : Uber continue de développer à fond l’activité (prétendue) litigieuse. La société fait appel de toutes les décisions de justice, pour retarder au maximum les procédures. Si elle est finalement condamnée, les dommages demandés sont infinitésimaux au regard des avantages tirés de la médiatisation de l’affaire. De toute manière, l’activité étant installée, il devient très difficile de la remettre en question.

En fait, Uber pourrait tout à fait pleinement intégrer la composante judiciaire à sa stratégie de communication. C’est tout bénef !

Car jusqu’à présent, même pas mal !

Uber a été condamnée à 100 000€ d’amende. Qu’est ce que cela représente pour cette société? Même pas ce que ce service lui a rapporté.

Réaction d'Uber à sa condamnation

Réaction d’Uber à sa condamnation

Uber avance en effet que « des centaines de milliers de personnes utilisent régulièrement cette solution de transport simple, accessible et fiable dans six villes en France« . Faisons un petit calcul rapide :

« Des centaines de personnes », cela fait au moins 200 000. On va dire que les clients voyagent en moyenne à deux. Cela fait donc au moins 100 000 courses.

On apprend aussi sur le blog d’Uber que la course moyenne en UberPOP à Paris est de 10€.

Sachant que la société prélève 20% de marge, cela fait donc 2€ par course (1.6€ si on prend compte la TVA à 20%). Donc, UberPOP a déjà dégagé un revenu supérieur à 160 000€.

Prix d'UberPOP

Prix d’UberPOP

Bravo Uber pour cette stratégie

Pyrrhus

Pyrrhus

Financièrement et médiatiquement parlant, Uber a tout compris. Le bilan de l’opération est excellent.

Uber a peut-être écopé d’une amende de 100 000€, mais la société avait généré un revenu supérieur à 160 000€. Par ailleurs, les retombées médiatiques sont énormes, tout le monde connaît Uber maintenant. Il aurait fallu des sommes bien plus importantes pour parvenir à un résultat équivalent avec une campagne de publicité classique.

Les taxis ont beau exprimer leur joie, il s’agit en fait d’une victoire à la Pyrrhus. UberPOP continue en effet son activité.

Est ce que cette activité sera un jour remise en cause? Probablement non. Car plus le temps passe, plus UberPOP gagne des parts de marché et installe sa présence. C’est la stratégie du fait accompli.

 

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Théodore

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