Face aux VTC, les taxis sont-ils condamnés?

Les taxis, c’est comme la poste, la SNCF ou la RATP. Parlez-en autour de vous et vous entendrez immanquablement les gens se plaindre, à tort ou à raison. « J’ai attendu 1 heure avant de pouvoir trouver un taxi samedi dernier sous la pluie », « Les taxis ne prennent jamais la carte ou alors ils prétendent que leur terminal est cassé », « je voulais aller en banlieue mais le taxi a refusé de me prendre », voilà autant de poncifs récurrents des passagers mécontents.

Les sociétés de VTC telles Uber, Snapcar, Allocab ou Chauffeur Privé l’ont bien compris, puisqu’elles axent leur communication sur les griefs faits aux taxis et captent ces clients trop heureux de leur pouvoir trouver une alternative. Les taxis, sentant la menace, ont enchaîné les mouvements de protestation pour défendre leur profession. Rien, en revanche, n’a été fait pour améliorer la qualité de service.

Les taxis sont ils condamnés à disparaître? Rien n’est moins sûr. Ils disposent en effet d’avantages compétitifs indéniables qui, s’ils étaient exploités correctement, pourraient leur redonner l’avantage… Comment faire évoluer cette profession et la rendre en phase avec les attentes actuelles?

Les atouts des taxis que n’ont pas les VTC

On entend beaucoup les taxis pointer une concurrence déloyale de la part des VTC. C’est omettre des avantages propres :

L’accès aux courses en maraude et en réservation à l’avance

Les taxis ont cet avantage de pouvoir charger un client dans la rue. Cela leur procure un avantage considérable. Un client qui repère un taxi dans la rue peut être pris en charge. Les taxis peuvent également être réservés à l’avance via une centrale téléphonique ou une application mobile.

Les VTC sont tenus de n’accepter que les réservations à l’avance, avec un délai de 15 minutes entre la réservation et la prise en charge du passager. Quand bien même un client repérerait un VTC dans la rue, il faudrait qu’il fasse une réservation préalable et attende 15 minutes pour pouvoir monter dans le véhicule.  Dans la pratique, les VTC ne prennent pas de clients dans la rue (sauf s’ils enfreignent la loi, mais c’est un autre débat). Les VTC n’ont donc de fait accès qu’à une partie limitée du marché des taxis.

Le nombre

A Paris, il y a près de 18 000 plaques de taxis, soit bien davantage que de VTC (même si leur nombre n’est pas connu avec précision). Ce nombre confère aux taxi une capacité à proposer un véhicule plus rapidement que la concurrence, le temps d’attente d’un client est donc moins long, ce qui est positif pour la qualité de service.

L’accès à des infrastructures dédiées

Les taxis ont accès à des infrastructures dédiées qui leur permettent d’être plus performants. Les couloirs de bus en sont le premier exemple, ils procurent un avantage important aux taxis qui peuvent transporter leurs passagers plus rapidement pendant les périodes de pointe (c’est à dire quand la demande est la plus importante). Citons également les stations de prise en charge et de dépose dans les gares et les aéroports qui leur sont réservées. Enfin, les taxis sont les seuls à pouvoir stationner sur les stations de taxi, ce qui est utile quand un chauffeur doit faire une pause par exemple. Un VTC devra quant à lui trouver une place de stationnement ou un parking.

Comment les taxis pourraient-ils reprendre l’avantage?

Instaurer une évaluation individuelle

Si les courses de taxi se passent généralement bien (si si, inutile de faire du taxi bashing), on peut parfois tomber sur un chauffeur qui tantôt refuse de prendre la carte bleue, tantôt refuse de faire telle ou telle course. Bref, le client a parfois l’impression de devoir supplier le chauffeur pour se faire transporter, ce qui est un peu pénible.

Le problème avec les taxis est que les chauffeurs n’ont individuellement aucun intérêt à rendre une prestation de qualité. En effet, surtout dans les grandes villes, les clients ne choisissent pas leur taxi. Ils montent dans le premier véhicule disponible. Un chauffeur sait qu’il ne reverra probablement jamais un client (a fortiori s’il s’agit de touristes). Dès lors, pourquoi déployer des efforts pour tenter de le fidéliser?

Pour résoudre ce problème, on pourrait imaginer un système de notation des chauffeurs. La note de chaque chauffeur pourrait être connue des clients et les aiderait à choisir leur taxi, un peu comme on consulte les avis clients lorsque l’on souhaite choisir un nouveau restaurant. Ainsi, les bons chauffeurs verraient leur travail récompensé et les clients bénéficieraient d’une meilleure qualité de service.

Permettre aux taxis d’annoncer un prix convenu d’avance…

Il faut revoir la tarification au compteur. Cette tarification est en effet source d’inquiétudes pour le client car elle ne permet pas de connaître le prix de la course. Le client est ainsi souvent suspicieux vis à vis du chauffeur à qui il attribue la volonté de rallonger le trajet pour alourdir la note. La pire des situation étant la réservation à l’avance car on ne sait jamais combien le compteur affichera lorsque l’on montera dans le véhicule. Introduire une tarification connue avant de réaliser la course permet donc un alignement des intérêts : le client comme le chauffeur ont tous deux intérêt à ce que la course se déroule rapidement. L’initiative récente des Taxis Bleus va clairement dans ce sens.

…et leur donner une plus grande liberté tarifaire

Le prix des taxis est encadré par une tarification au compteur. C’était bien quand les applications smartphone n’existaient pas. En effet, cela permettait -dans une certaine mesure- de réguler les prix et donc d’éviter les surprises.

Uber surcharge prix

Ecran de l’application Uber en cas de surcharge de prix

Le problème est que les VTC disposent d’une liberté tarifaire quasi totale, leur permettant de facturer très cher quand le marché le leur permet. Uber applique ainsi un mécanisme de « surcharge de prix » visant àmultiplier le prix des courses en période de forte affluence.

Cette pratique est très rémunératrice et vise à attirer plus de véhicules sur les routes. En revanche, elle passe moyennement bien auprès des clients. En témoigne ce tweet rageur de Valérie Damidot.

Il y a sûrement donc matière à améliorer ce système mais nul doute que les taxis pourraient profiter davantage des périodes de pointe pour augmenter leurs tarifs.

valerie damidot

Tweet rageur de Valérie Damidot

Rendre obligatoire le paiement par carte et permettre le paiement par appli mobile

Rien n’est plus rageant de monter dans un taxi muni d’un terminal de paiement qui ne « fonctionne pas ». La plupart du temps, cela se termine par un arrêt à un distributeur de billet, pendant lequel le compteur tourne évidemment. Il est d’ailleurs troublant de constater à quel point les terminaux de paiement des taxis sont moins fiables que ceux des restaurateurs (vous aurez saisi l’ironie).

Il faudrait donc rendre obligatoire la présence d’un terminal de paiement à bord, voire favoriser le paiement via application. Plus de problèmes de liquide ou d’appoint. Prendre le taxi serait ainsi beaucoup plus simple.

Et enfin : permettre la réservation par appli mobile

Il est assez frustrant de chercher un taxi dans la rue sans savoir combien de temps on mettra pour en trouver un. Cela peut durer 2 minutes comme une heure (j’exagère à peine). Une des grandes forces des VTC est de pouvoir donner l’information de la disponibilité d’un véhicule. Le client sait alors combien de temps il doit attendre. Il faudrait ainsi que tous les taxis puissent être appelés grâce à une appli mobile. Si les frais d’approche pouvaient également être limités, ce serait d’autant mieux.

 

Conclusion

Les taxis ne sont pas morts, loin de là. Ils bénéficient d’avantages comparatifs indéniables, et il faudrait finalement peu de choses pour qu’ils reprennent l’avantage. Les évolutions souhaitables touchent cependant des tabous dans la profession : la notation individuelle et le paiement. Les taxis pourront-ils surmonter ces blocages? Rien n’est moins sûr.

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Théodore

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