La voiture autonome : quels impacts pour VTC et taxis ?

Depuis 2012, la voiture autonome intrigue. Stimulés par la communication directe de la firme Google, les media ont relayé un sujet qui semble sorti des fantasmes techno comme la voiture volante, la téléportation ou autres sabres laser. On anticipe des impacts profonds sur le secteur automobile. Qu’en sera-il des services associés ? Quels impacts pour les taxi et VTC en particulier ?

Google a diffusé des vidéos de son prototype avancé de voiture autonome, mis en scène dans différentes configurations. D’abord sous forme d’une voiture grand public – Toyota Prius – disposant d’équipements spéciaux, reconnaissable à la sorte de gyrophare sur le toit :googlecar_nonvoyant

Voir vidéos : Voiture accompagnant un non voyant, Roulant à pleine vitesse sur circuit, ou plus récemment, un prototype maison essayé par des badauds enthousiastes.

Les journaux les plus sérieux se sont penchés sur le phénomène ces dernières années. Voir articles de Lemonde , Forbes , The Economist , etc.

Rappelons une évidence : la place centrale de l’automobile dans notre mode de vie.

En un siècle l’automobile est devenue plus qu’un moyen de transport. Elle a structuré nos villes : habitat, stationnement, signalisation … les gens apprennent à conduire : auto écoles, permis de conduire, code de la route, gendarmes, radars … mais aussi assurances, services d’urgence, dépanneuses … Enfin, une filière industrielle majeure produit, vend et entretient les voitures, sans parler de tout ce qui concerne le carburant. Nombre de services en ont fait leur principal outil : la logistique, le taxi, la location, etc. Enfin, notre quotidien dépend largement de la voiture : trajets domicile-travail, conduire les enfants, faire ses courses …

L’apparition de voitures autonomes va modifier ces équilibres.

Voiture sans chauffeur : un oxymore ?BMW-plaisir-conduire-totem

Depuis la Ford T, la voiture n’a cessé d’évoluer. Plus rapides, plus sobres, plus confortables, plus sûres … les voitures ont cependant toujours été conçues autour du conducteur-client. Ces dernières années, les évolutions ont largement intégré les technologies de l’information, avec le GPS, l’aide au stationnement, la prévention de la somnolence, l’ABS/ESP, etc.

Cependant, si on parle de faciliter le travail du conducteur, ces innovations ne remettaient pas en cause la conduite elle-même !

L’industrie automobile prise d’assaut par un moteur de recherche.

Piqués à vif par le géant du logiciel, les industriels du secteur envisagent désormais très sérieusement la conception d’une automobile qui ne serait plus construite autour du conducteur. Une révolution copernicienne ! Il se trouve désormais peu d’acteurs qui n’aient un projet de voiture autonome dans leurs cartons.

La voiture de demain … c’est pour quand ?

Les parties prenantes situent l’entrée des voitures autonomes sur le marché dans la décennie : 2018 selon Serguei Brin, cofondateur de Google. 2017 à 2025 selon les grands constructeurs (Nissan, Daimler, Tesla entre autres).

Cela dit, la généralisation risque de prendre « un certain temps » : évolution des mentalités (confiance des utilisateurs, résistance au changement de certaines corporations), évolution de la règlementation (code de la route, responsabilité civile, assurances, …). Les experts du IEEE annoncent que le parc automobile serait constitué à 75% de voitures autonomes d’ici 2040.

A court terme, une succession d’évolutions indique que la dynamique est enclenchée :

  • Aux U.S.A, plusieurs états ont modifié le code de la route de sorte à permettre aux prototypes de véhicules autonomes de circuler sur le réseau urbain. Le Royaume-Uni, Singapour ont fait de même.
  • Les géants du logiciel soignent de plus en plus l’interface entre le smartphone et la voiture. Android ou Apple proposent des systèmes d’exploitation pour le GPS/HiFi embarqué de la voiture.
  • Les fonctionnalités « tête haute » apportent une aide à la conduite de plus en plus avancée.
  • Chez Autolib, une application PagesJaunes fait le lien entre la recherche d’un service et le routage GPS.

Cela étant posé, quelles seraient les conséquences de la diffusion des voitures autonomes ?

La location : triomphe de l’autopartage. Nous connaissons tous les loueurs Avis, Europcar, etc. Cette activité est en train d’évoluer vers ce qu’on appelle l’autopartage, consistant en la location « tout compris » pour de courtes durées. Le client prend possession du véhicule sans passer par un bureau de location : toutes les formalités sont faites via internet, et le déverrouillage du véhicule est contrôlé par un boitier spécial. Le client déverrouille au moyen de sa carte magnétique (RFID). L’autopartage permet à la fois aux grands loueurs de moderniser la location de leur parc pour leurs clients (B2B, B2C), mais aussi facilite la mutualisation de parcs de voitures entre particuliers (C2C).

Les perspectives d’un usage mutualisé sont considérables : les voitures personnelles passent 97% de leur temps en stationnement.

Pourtant, cette approche achoppe sur une difficulté : des particuliers qui souhaitent remplacer leur voiture personnelle par le recours à l’autopartage doivent se rendre à la station ou se trouvent les voitures mutualisées, ce qui appelle soit un maillage fin des régions en stations d’autopartage de sorte que l’on ait toujours une station à « 500m » de chez soi. C’est l’approche des Zipcar(Avis) ou encore Autolib, qui ont choisi de déployer un très grand nombre de stations et de véhicules, ce qui mobilise un investissement lourd, limité aux centre-villes très denses (comme Paris).

A contrario, un utilisateur qui souhaite prendre possession d’un véhicule en autopartage situé à quelques km de chez lui aurait besoin pour s’y rendre … d’une voiture ! Avec des voitures autonomes, ces dernières viennent aux utilisateurs et non l’inverse. Le problème est résolu, et le gisement de productivité du parc automobile (97% d’inoccupation) est enfin exploitable.

Le stationnement solutionné. Avec une voiture personnelle, le manque de place peut tourner au cauchemar. D’où les parkings à perte de vue des supermarchés, la place dévolue aux parkings dans la conception des habitations, des centre-villes, etc. Avec une voitureparking autonome, si celle-ci doit stationner un temps, tout se passe comme si votre chauffeur s’en occupait, ce qui change complètement la donne. En outre, si l’on considère que les utilisateurs de voitures en mutualisent l’usage (cf autopartage), une voiture qu’on aurait garé s’agissant de la voiture personnelle, devient disponible pour le prochain locataire. Elle passe ainsi d’une utilisation à la prochaine en minimisant le temps de stationnement !

Mode de vie : libération des agenda ! les courses, la conduite des enfants à l’école, aux activités le mercredi … pourront se faire sans mobiliser les parents, ce qui enlève une contrainte forte pesant sur les emplois du temps. Dans le même ordre d’idées, le temps passé sur le trajet domicile-travail est rendu à l’utilisateur qui pourra se détendre ou travailler pendant le trajet comme il l’aurait fait à bord d’un train, plutôt qu’à tenir le volant dans les bouchons.

Le transport de voyageurs

Les activités de taxi et de VTC seront challengées.

La rémunération du chauffeur représente environ les ¾ du cout total d’une course en taxi. Si la technologie requise par une voiture autonome représente elle aussi un cout certain, on peut penser que celui-ci suivra les économies d’échelle que connaissent les systèmes d’information depuis des décennies (loi de Moore), rendant un service presté par une voiture autonome de plus en plus compétitif à terme. C’est le pari que font les industriels, qui envisagent la voiture autonome comme un marché de masse. Le chauffeur cèderait alors le volant à une machine, mais le marché des courses ne disparaitra pas pour autant, bien au contraire, stimulé par un prix réduit.

Uber, premier débouché pour les voitures Google ?

Uber est connu comme leader pour la commande de courses dans la plupart des métropoles de la planète. En France, il opère sur le marché aux côtés d’autres compagnies de VTC telles SnapCar, Allocab, Chauffeur Privé ou Navendis.M-GoogleCar

Qui suit l’actualité aura noté que Google a investi massivement dans Uber en 2013. Parmi les raisons de ce rapprochement on ne peut s’empecher de voir en l’appli Uber une voie royale pour amener les consommateurs à commander leurs déplacements en google car. Celle ci couvrirait alors à la fois le marché des courses (taxi, VTC) et de la location (autopartage).

On peut imaginer la puissance de cette association, qui combinera une force commerciale de tout premier plan, à une structure de couts défiant toute concurrence.

Décloisonnement transport en commun / transport individuel

Si le cout kilométrique d’une course en voiture autonome est divisé par rapport à celui d’un taxi ou d’une voiture avec chauffeur (disons de 2 à 3€/km), et que par ailleurs on favorise le partage des courses pour embarquer à 2, 3 ou 4 passagers par véhicule, alors on se rapproche sensiblement de la structure de couts d’un service de transport collectif de type train régional, tram ou bus. Tout en en élevant le niveau de service avec des véhicules plus confortables, et la possibilité d’être dépose ou pris en charge devant chez soi. Par exemple : au lieu d’un TER faiblement rempli qui transporte à heure fixe des passagers d’une gare à une autre, on peut imaginer un groupe de voitures autonomes transportant les mêmes passagers sur leurs trajets particuliers, moyennant groupage intelligent des horaires et des itinéraires.

 Le train est lancé. A suivre …

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Cedric

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